Déclaration de la Troisième Assemblée Continentale de la Plateforme

Après deux jours de débats, les organisations et réseaux de la Plateforme Amérique Latine et Caraïbes – Mieux Sans ALE ont émis une déclaration dans laquelle ils réaffirment leur engagement envers : la souveraineté et le rôle central des peuples; la justice sociale et environnementale; la construction collective d’alternatives économiques et socio-environnementales qui placent la vie et le bien-être commun au cœur de nos sociétés.

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Déclaration de la Plateforme Amérique latine et Caraïbes Mieux sans Accords de Libre-Échange:
«Construire des alternatives urgentes face à Trump et aux traités de libre-échange et d’investissement»

Dans le contexte mondial actuel, marqué par le retour des politiques protectionnistes, la Plateforme Amérique latine et Caraïbes « Mieux sans ALE » réaffirme son engagement en faveur de la construction d’alternatives économiques, sociales et environnementales justes, souveraines et solidaires pour nos peuples.

Nous rejetons le faux dilemme entre protectionnisme et libre-échange imposé par les centres de pouvoir. Les politiques tarifaires du gouvernement de Donald Trump ne constituent pas une rupture avec l’ordre néolibéral, mais une reconfiguration des mécanismes d’accumulation capitaliste qui maintient intacts les privilèges des entreprises. Le slogan « America First » dissimule une stratégie de protection des corporations des États-Unis tout en maintenant la dérégulation financière et les avantages fiscaux pour le grand capital.

Le règne du libre-échange ne se démantèle pas par de simples mesures tarifaires sélectives. La mondialisation néolibérale a impliqué une profonde réorganisation des relations de production à l’échelle planétaire, transformant radicalement les bases matérielles sur lesquelles se reproduisent nos sociétés. Les économies nationales ont été intégrées de manière organique dans des chaînes de valeur mondiales, des circuits financiers transnationaux et des réseaux technologiques qui réduisent drastiquement la marge de manœuvre pour des politiques économiques autonomes, et leurs conséquences sur les territoires sont dévastatrices. Cette transformation qualitative est allée bien au-delà d’une simple réduction tarifaire : elle a signifié la construction d’une architecture juridique complexe de l’impunité pour les corporations transnationales, composée de milliers de normes, traités, contrats et mécanismes d’arbitrage qui protègent les intérêts du capital au-dessus des droits des peuples et de la nature à décider de leurs propres formes de vie et de développement.

En trente ans de traités néolibéraux, nous avons compris que le libre-échange est bien plus qu’une simple question de tarifs douaniers. Les Accords de Libre-Échange sont en réalité l’expression juridique et politique du pouvoir des corporations transnationales pour garantir leurs profits dans n’importe quel recoin de la planète. Ces corporations ont imposé une sorte de « constitution mondiale » qui va bien au-delà de la baisse des tarifs, incluant la protection des investissements étrangers, les droits de propriété intellectuelle, la libéralisation des services et des marchés publics. Cela a fonctionné comme un corset qui étouffe la capacité régulatrice des États et discipline les populations laborieuses par la menace constante de délocalisation, de précarisation et de dépossession. Face à cette réalité, les hausses tarifaires mises en œuvre par des puissances comme les États-Unis ne remettent pas en cause cette structure de pouvoir corporatif, mais se contentent d’en reconfigurer les bénéficiaires, favorisant certains capitaux nationaux tout en maintenant intacte la logique d’accumulation globale qui perpétue les inégalités et la spoliation territoriale sur notre continent. Tout cela se déroule dans un contexte de triple crise planétaire : climatique, de la biodiversité et de la pollution croissante.

Nous reconnaissons que le libre-échange produit nécessairement des secteurs « sacrifiables », dont l’exclusion et la précarisation ne sont pas des effets secondaires, mais une condition constitutive du modèle d’accumulation globale. Les communautés affectées par l’extractivisme, les travailleurs précarisés et les peuples dépossédés de leurs territoires et de leur eau ne sont pas des dommages collatéraux, mais des exigences inévitables du déploiement du profit des corporations.

C’est pourquoi nous comprenons que la logique économique qui a soutenu pendant trois décennies les traités de commerce et d’investissement reste plus que jamais d’actualité, y compris sous des rhétoriques apparemment protectionnistes. Le système de domination corporative a démontré une extraordinaire capacité d’adaptation, intégrant des discours critiques envers le libre-échange tout en préservant l’essence de son pouvoir. Les nouveaux accords commerciaux, rebaptisés «partenariats économiques», « accords de coopération régulatoire » ou « traités de nouvelle génération », continuent d’étendre les droits du capital transnational tout en approfondissant la marchandisation de toutes les sphères de la vie.

Les organisations qui composent la Plateforme Amérique latine et Caraïbes « Mieux sans ALE » lancent un appel urgent aux organisations du continent – syndicales, environnementales, féministes, paysannes, de défense des droits humains, indigènes, étudiantes, de migrants, de travailleurs informels, mouvements et partis politiques, entre autres – à construire de nouvelles solidarités politiques qui rendent compte de ce nouveau moment historique. Nous avons besoin d’articulations qui transcendent les frontières sectorielles et nationales, reconnaissant que les multiples oppressions auxquelles nous faisons face (extractivisme, précarisation du travail, néocolonialisme, dévastation environnementale, criminalisation, violence contre les femmes, déplacement forcé, racisme structurel) sont des manifestations interconnectées d’un même système prédateur.

Il est temps de rassembler tous les acteurs systématiquement sacrifiés par cet ordre économique global et de converger vers de nouveaux courants de lutte pour l’émancipation. Ces luttes font face à la répression et à la criminalisation par l’État, notre région étant celle qui compte le plus grand nombre de défenseurs de l’environnement assassinés et/ou disparus. Les luttes pour l’eau, les peuples autochtones défendant leurs territoires contre l’extractivisme, les communautés paysannes résistant à l’agrobusiness, défendant les semences et adoptant l’agroécologie, les travailleurs formels et informels luttant pour des conditions de vie et de travail dignes, les femmes confrontées à la violence patriarcale, les migrants défiant les frontières militarisées : tous expriment, à travers leurs expériences concrètes, les contradictions fondamentales d’un système qui ne peut être résolu par des ajustements superficiels.

Aujourd’hui, il ne suffit pas de s’opposer à des accords spécifiques ; il faut construire des modèles alternatifs de relations économiques et sociales entre les peuples qui remettent en question la logique de développement capitaliste, néocoloniale et prédatrice depuis ses racines. Cela implique de récupérer et d’actualiser des expériences de coopération Sud-Sud, d’économie sociale et solidaire, de souveraineté alimentaire, de marchés locaux et régionaux, de contrôle public ou de gestion communautaire des biens communs, d’échanges basés sur des principes de complémentarité, de réciprocité et de solidarité avec les luttes des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes et du Sud global. Il est urgent d’avancer vers un nouvel internationalisme des peuples qui articule la défense des souverainetés locales avec la construction de mécanismes globaux de solidarité et de justice, capables de relever des défis communs tels que la crise climatique et les fausses solutions mises en œuvre par le pouvoir ; la défense des défenseurs des territoires ; la concentration extrême des richesses et le contrôle corporatif des technologies, y compris celles liées à la communication et à l’intelligence artificielle.

Cette nouvelle étape de résistance et de construction d’alternatives nécessite également l’élaboration d’outils analytiques qui dépassent les dichotomies entre le local et le global, le national et l’international, reconnaissant que l’émancipation et la lutte doivent se construire simultanément à plusieurs échelles interconnectées. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons avancer vers un horizon où le commerce et l’investissement seront subordonnés à la reproduction de la vie, à la justice sociale et à la durabilité écologique de notre continent.

La Plateforme Amérique latine et Caraïbes « Mieux sans ALE » réaffirme son engagement en faveur de la souveraineté et du rôle central des peuples, de la justice sociale et environnementale, et de la construction collective d’alternatives économiques et socio-environnementales qui placent la vie et le bien-être commun au cœur de nos sociétés.

Pour la souveraineté et le rôle central des peuples d’Amérique latine et des Caraïbes !

Troisième Assemblée continentale de la Plateforme Amérique Latine et Caraïbes
« Mieux sans Accords de Libre-Écange »
Santiago du Chili, mai 2025

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